Le projet et le trajet aller
Il y a quelques semaines, on s’était bloqué·es ce WE avec Laura pour skier en premier lieu, et aussi pour avancer notre liste de courses pour le probatoire du guide.
Choix du plan en dernière minute parmi plusieurs options fixées avant, nous ferons le choix de l’aventure locale, en partant dans l’Oisans (Laura de Briançon, moi de Grenoble)
Direction le refuge de l’Alpe de Villar d’Arène pour 2 ou 3 couloirs selon les conditions !
De mon côté, l’option voiture ne se pose même pas (je n’en ai pas, ça simplifie les choses, et puis je suis déjà monté plusieurs fois à Villar d’Arène sans voiture et encombré de matos cet hiver).
On se donne rdv le jeudi en fin d’après-midi à Villar d’Arène, je prends une bonne heure de marge de mon côté (sait-on jamais). Elle sera finalement inutile, trop efficace le stop en Oisans !
Départ en bus jusqu’à Vizille et son spot de stop royal à la sortie du fameux rond point de Lili Croutsille (ici), et c’est parti pour le lever de pouce.

15min d’attente (spoiler : je n’attendrai pas beaucoup plus en stop sur le WE), et je monte dans la voiture d’un sympathique aide-soignant qui monte au bel EPHAD de (du ?) Bourg-d’Oisans. On fait connaissance, quelques rigolotes tranches de vie, et puis on arrive (déjà !).
Je marche ensuite jusqu’à mon spot de stop privilégié du coin (ici), mon barda à peine posé et un sympathique guillestrois qui rentre chez lui me prend en stop avec sa camionnette. On discute et, coup de chance, il a fait l’un des couloirs qu’on avait en tête avec Laura quelques jours plus tôt ! Comme quoi rien de mieux que le stop pour avoir des retours de condis.
Et j’arrive donc à Villar d’Arène avec 45min d’avance, le temps d’une petite sieste 🥱
Fin de l’approche

Laura retrouvée, on s’équipe et on ne perd pas de temps pour être à l’heure au dîner ! Une montée sublime sur le refuge au coucher de soleil, avec en toile de fond le Pic de Neige Cordier, le couloir N du col de Roche Faurio, puis les Agneaux (qu’on ira probablement visiter). Et on arrive pile à l’heure pour se mettre les pieds sous la table !
Après le dîner, un petit tour de salle pour avoir les projets des un·es et des autres en tête, et potentiellement des retours de condis ! Résultat pas de retours sur ce qu’on visait. On part donc sur le couloir E de la Brèche Cordier le lendemain.
Vendredi : Couloir E de la Brèche Cordier (5.3, E2, 500m)
Préférant toustes les deux être revenu·es pour le café que finir la descente à la frontale, on opte pour un départ matinal !
D’autant plus qu’à priori le couloir n’a pas été skié ces derniers jours, donc il y a des chances de but. (on a en plan B le Pic de Neige Cordier en boucle par la brèche de la Plate des Agneaux).
Ça déroule jusqu’au pied du couloir, qui a l’air en conditions, et effectivement pas tracé ! On décide donc de s’engager dedans.
La (supposée) rimaye passée, je me ferai surprendre par la (vraie) rimaye 5m plus haut, qu’on avait pas identifiée du bas ! Rien de méchant, une jambe qui passe à travers, et un petit retour en arrière pour passer à un autre endroit.
La suite déroulera (non sans effort, tracer dans un couloir à plus de 3000 n’est jamais anodin) jusqu’en haut du couloir qui prenait le soleil. Laura qui gambade devant commence à s’échapper sur la droite en direction du Pic de Neige Cordier, mais ça a l’air inskiable et pourri au-dessus (et accessoirement j’en ai plein les pattes). On sort donc à la brèche sur la gauche, et on débouche avec une vue exceptionnelle sur le bassin du Glacier Blanc. C’est tout dégagé, et on peut réviser nos classiques : Pelvoux, Pic Sans Nom, Pic du Coup de Sabre, Ailefroide, la Barre et le Dôme des Ecrins, splendide ! En se retournant vers le couloir, on peu bien apprécier la raideur du bazar, ça va être quelque chose à descendre


Au départ : assez étroit, neige dure bien pourrie, vieilles traces de dérapages, et le tout dans la partie la plus raide du couloir (50°). Autrement dit, l’idéal pour attaquer une descente…
Laura part en dérapage, je me risquerai à 2 virages bien précaires, puis du dérapage pour assurer le coup
Sur la suite, c’est un peu moins raide (autour de 45°), et on se régale dans une neige très correcte ! Mais la montée se fait bien ressentir, et les pauses sont nombreuses.
La rimaye passée, on file vers le refuge dans nos traces de montée.
Arrivée 13h30, pile pour le café. Heureusement qu’on arrive tôt, parce que le programme de l’après midi est chargé ! Grignotage, café, mots fléchés, papotage, petites discussions avec les personnes qui arrivent au refuge. Et le tout au soleil. Elle est dure la vie en montagne.
Pour le lendemain, on converge vers le couloir Piaget aux Agneaux. Pareil, pas de retours de condis, mais on le voit en continu depuis hier. Le haut a l’air un peu sec mais passe sûrement, on verra bien !
2 skieurs (qui nous avaient vu·es partir le matin) nous disent avoir buté dans le Piaget après 200m à monter en brassant jusqu’aux hanches. Pas le temps d’en discuter avec eux, ils sont repartis ! Ça nous met le doute, mais en même temps on trouve ça bizarre, vu les conditions rencontrées le matin même pour nous, et les conditions globales des faces N du coin. On prend le risque, on ira voir quand même ! Et au pire on bute, ça fait partie du jeu 🙂
Samedi : Couloir Piaget aux Agneaux (5.2, E3, 600m)
Même topo que la veille, lever encore un peu plus matinal, avec une approche vers le col d’Arsine devant un magnifique lever de soleil !
On bifurque ensuite vers la moraine imposante qui surplombe le lac du Glacier d’Arsine. On la suite jusqu’au bout, puis on traverse pour rejoindre l’attaque du Piaget. Petit point : on se sent pas au top physiquement, et ça se voile un peu (sacrée ambiance dans le couloir brumeux !). Sous le couloir, aucune trace dedans, nos camarades de la veille s’étaient donc sûrement trompés de couloir. On s’engage dedans, mais en se disant que le demi-tour n’est pas exclu. Mais plus on monte, plus on se rend compte que ce n’est pas si horrible à tracer, mais surtout que ça va être dément à la descente ! Une petite couche de poudre tout le long du couloir. Et, en prime, la brume se lève petit à petit, et le moral des troupes remonte.

On en fait finalement qu’une bouchée. Arrivé·es en haut, la neige inconsistante sur l’arête, et notre état physique nous font nous dire que ça serait peu raisonnable de tirer jusqu’au sommet de la calotte des Agneaux, une prochaine fois.
On chausse donc les skis, et c’est parti pour une descente 100% plaisi. Tout poudre dans du 45°, et aucune trace !
On croisera quelques copains briançonnais à la descente, qui eux se dirigeaient vers la directe NW. Arrivé·es sur le glacier d’Arsine, on arrive sur une alternance de neige correcte / croûte terrible, pour finalement se laisser glisser jusqu’au refuge.
12h30 cette fois, donc même programme qu’hier pour le début d’après-midi.
On chausse ensuite les skis pour redescendre à Villar d’Arène, les jambes bien lourdes, et la tête et le cœur remplis de beaux moments partagés en montagne !
Le retour
Le retour sera d’une simplicité exceptionnelle ! Déposé par Laura au croisement avec la route du col du Lautaret. J’attends 5min, et une voiture qui faisait l’aller-retour vers le Pont d’Arsine passe. Il me prend au retour, et il se trouve qu’il rentre à Lyon depuis Monetier-les-Bains. Difficile de trouver mieux !
On discute tranquillement de choses et d’autres, on s’arrête prendre un café à La Grave, puis ce gentil monsieur prendra même la peine de me déposer devant chez moi ! Pas moins rapide que si j’avais pris une voiture personnelle finalement.
Bilan, et conseils pour du ski en mobilités douces
2 magnifiques couloirs vierges en 2 jours dans ce coin, on peut considérer ça comme un beau hold-up ! Et on en aura bien profité. Exactement ce qu’il me fallait, et ce que j’attendais pour ce week-end. Avec en plus une belle expérience engrangée en ski de montagne, dans des couloirs raides, et finalement assez peu exposés. Tout pile dans la courbe de progression.

Ce n’était pas la première fois que je venais dans ce coin pour skier en bus-stop. Et ce que je retiens de ces expériences, c’est que le temps de parcours peut être un peu rallongé, mais pas non plus démentiellement !
Le spot à Lili Croustille fonctionne très bien, et globalement, même avec des skis (et même à deux avec deux paires !), on trouve des gens pour s’arrêter et on ne reste pas sur le carreau.
Comme pour tout trajet en stop, il faut savoir identifier les bons endroits (pour ça, vous pouvez, lorsqu’il y en a, vous calquer sur les arrêts Rézopouce), puis s’armer de patience et de son plus beau sourire 🙂 Ça finit toujours par fonctionner !
Pour des sorties à la journée, ce n’est pas forcément le plus pratique, mais ça invite aussi à repenser le temps d’accès aux départs de sorties, selon le temps dont on dispose.
Pour accéder à ces départs en Oisans, il existe également le bus Grenoble-Briançon opéré par la région PACA (https://www.reservation-zou-resalp.fr/lignes/55-briancon-grenoble/). Les trajets sont malheureusement proposés à un tarif prohibitif en ce qui me concerne (24,10€ pour un Grenoble-Briançon en mai 2026), mais le bus a tout de même le mérite d’exister. En espérant une évolution tarifaire pour en favoriser l’usage pour les moins aisés.
Et sinon, pour les plus forcené·es d’entre nous, il existe l’option vélo-ski. Une autre dimension d’aventure, dans laquelle l’accès au départ prend tout son caractère physique.








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