Un projet spontané !

Je n’avais jamais eu l’occasion de poser mes doigts au Rocher du Midi. En tant que grimpeur grenoblois, il fallait vraiment régler ça. Un message à Romain aussi simple qu’efficace du genre « vélo grimpe le we pro ? » et nous voilà partis une semaine plus tard en direction de la barrière Est de la Chartreuse. Romain est en forme, il vient de faire 3 semaines de vélo grimpe dans le sud de la France. Quant à moi, je reviens d’un chouette weekend vélo-grimpe dans le Royans avec les équipes jeunes alpi Isère. Alors c’est tout naturellement que l’on se projette dans cette discipline, une fois lancé… On a envie de continuer ! On adopte une stratégie sur deux jours en dormant à la cabane du berger pour être frais le jour de grimpe. Notre choix s’est tourné vers Bille de Clown, une voie sportive ouverte (entre autres) par Bruno Martel en 2002/2003. C’est une voie quasi directe qui raye la face du plus bas au plus beau, la giga classe.
Montée à vélo et bivouac
C’est donc le samedi dans l’après-midi que l’on se retrouve avec nos montures chargées pour l’aventure, direction le plateau des Petites Roches. La montée se fait au rythme imposé par notre lourde cargaison. On se met quand même une bonne suée mais ça fait partie du jeu. La fraîcheur des tunnels est vraiment appréciable en cette chaleur printanière. A la fin de la montée, on se permet un braquage de boulange dans les règles de l’art histoire de se refaire un peu avant la marche. On pose nos montures à l’ancien centre de santé, on vide les sacoches et on refait les sacs. On a la chance d’être accompagnés par une super patate de hissage faite main par un copain. Compter une heure de marche du parking à la cabane, une dernière suée avant le bivouac tant espéré.

Trois personnes ont déjà pris place dans la cabane quand nous sommes arrivés, dont une connaissance de Romain. On passera une belle soirée en faisant connaissance devant le feu qui crépite, et en discutant de grimpe bien évidemment. Il y a une source à 5/10 min de la cabane en allant vers le sud et en montant un peu dans les pentes d’herbes surplombées par la Dent de Crolles, ça permet de ne pas monter des litres d’eau. Elle ne doit pas couler en plein été en revanche… La cabane peut accueillir trois personnes max. On dort donc à la belle étoile pour laisser nos compères tranquilles. Le vent froid et rafaleux en soirée nous inquiète sur la qualité de la nuit à venir. On se protège comme on peut derrière de gros cailloux mais heureusement le vent finit par tomber et nous laisse tranquilles. C’est sous le signe des étoiles avec vue directe sur la monstre falaise à grimper le lendemain qu’on dormira tranquillement. Les aboiements de quelques chevreuils nous rappellent que l’on est chez eux, c’est si agréable de se sentir fondu dans la nature.
Bille de Clown – ED 7b>6c
On prend le petit dej sous les premier rayons de soleil avant d’entamer la courte marche d’approche qui mène au pied de la falaise. On s’équipe en se sentant tous petits, elle est vraiment impressionnante cette barrière. Romain s’élance dans la première longueur et le ton est vite donné. C’est difficile à lire, soutenu, et il faut serrer des petits trucs de bon matin. Vient la deuxième longueur avec son pas de bloc vraiment dure juste au-dessus du relais, heureusement la suite déroule plus. Les longueurs se succèdent, on déroule bien dans cet océan de calcaire et le vide se creuse franchement. On ne peut pas nier avoir des guilis quand on lâche la patate dans un ballant vertigineux. L’escalade est belle, technique et soutenue, il y a des grands voyages entre les goujons quand cela devient plus facile.


On se sent vivre dans cette concentration qui oblige à être dans le moment présent, c’est toute la beauté de l’escalade. Les longueurs se suivent sans se ressembler, c’est vraiment varié. La dernière longueur est toutefois assez désagréable, on est quand même un peu rôtis et il faut encore sacrément s’employer dans cette longueur dure mais qui peut s’artifer. Les fesses pendues dans un gaz à tordre les boyaux, on se hisse tant bien que mal dans ce dernier rempart malcommode. Enfin, nous sortons au sommet. C’est tellement beau, on est hyper contents et comblés d’avoir parcouru cette voie. Un peu de marche dans la neige en évitant de se tordre les chevilles dans les lapiaz, et nous voilà dans les rappels de Brumes d’Été. Quelques péripéties plus tard, nous récupérons nos affaires de bivouac et filons vers nos montures. Il faut encore une fois refaire les sacoches mais une fois chose faite, il ne nous reste plus qu’à savourer la longue descente vers Grenoble. Quel sentiment de liberté… on file à toute allure sans effort, le vent nous caresse le visage et on a la banane jusqu’aux oreilles.




Le mot de la fin
On aurait complètement pu faire cette voie à la journée, en se déplaçant en voiture. Le vélo-grimpe permet de prendre de la distance avec l’aspect de consommation, de croix, et de prendre le temps de s’ancrer dans l’environnement. C’est important. Notre expérience a été magnifiée par bien des choses simples : aller chercher de l’eau à la source, dormir sous les étoiles, entendre les chevreuils, manger une part de flan après une grosse montée à vélo, sentir le vent nous effleurer le corps dans la descente… Je suis certain qu’en faisant l’aller-retour en voiture à la journée, nous n’aurions pas profité de tous ces petits détails : la journée, bien que certainement super chouette, aurait été plus fade. Quel sentiment que de pouvoir pointer du doigt son quartier au sommet d’une voie de grande classe en se disant : « on est venus de là-bas, à la force de nos corps, sans triche, sans raccourci ». Je le souhaite à tout le monde. Les grimpeur·ses qui s’ancrent au fur et à mesure dans cette discipline le diront : une seule solution, la vélorution.
Le Rocher du Midi est une superbe falaise qui offre de nombreuses possibilités de grimpe du 6a au 8, sur un rocher parfois chartrousin mais souvent verdonnesque voir céüsesque ! Le tout à deux coups de pédales de Grenoble. Si le trajet à vélo vous paraît compliqué, il y a toujours la possibilité de monter (même avec le vélo !) sur le plateau des Petites Roches en bus avec le 85. Tout est bien décrit dans le Topo Doux.


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