Interview

Soline Kentzel

Grimpeuse de big wall (entre autres!) et militante

© Photo Seb Berthe

Peux-tu te présenter et nous dire comment l’escalade est entrée dans ta vie ?

Je m’appelle Soline, j’ai 24 ans et je grimpe depuis mes 15 ans, lorsque j’ai découvert l’escalade en cours de sport au lycée. Depuis cette révélation, suivie de la découverte de l’escalade en extérieur, j’ai progressivement navigué entre toutes pratiques que l’escalade propose : l’escalade sportive, la grande-voie, le trad, le big-wall…

Qu’est-ce qui te motive à sauter le pas et à changer d’approche ?

Je pense que j’ai toujours eu cette approche, sans qu’elle soit à la base motivé par des raisons écologiques : je suis beaucoup allé grimper autour de Toulouse et en Catalogne en stop et en transport en commun étant plus jeune car je n’avais pas de voiture. Pour moi, ces deux modes de déplacement (à combiner si besoin) représentent une liberté sans conditions !
Plus récemment, c’est d’être à Bleau sans voiture qui m’a fait monter sur mon vélo (et aussi dans les autocars !)

Que retires-tu lors d’une sortie en mobilité douce ?

Comme beaucoup de monde, j’imagine, c’est l’aventure au pas de sa porte !

Sortir de la routine, découvrir les alentours différememments, trouver des solutions en cas de galères, et profiter du trajet comme part entière du voyage.

Comment ta manière d’appréhender la montagne, la falaise, la pratique évolue avec la mobilité douce ?

Je pense que ça demande un peu plus d’organisation, que ce soit dans la recherche du trajet, faire son sac avec le minimum, etc.
Ma partie préférée est de poncer le net pour trouver les bus départementaux inimaginables qui peuvent m’amener à bon port.
Je pense qu’on sous-estime vraiment l’ampleur du réseau de transport en commun en France. Il faut savoir comment chercher mais je vous assure qu’il y a moyen de se rendre dans des endroits complètement paumés pour quelques euros.

Quels conseils donnerais-tu à un·e grimpeur·se qui hésite à partir en mobilité douce ?

Je crois que la meilleure solution pour vraiment sauter le pas, c’est d’être radicale et de vendre sa voiture (ou d’avoir une voiture partagée à plusieurs).
Je sais que ça peut sembler extrême, mais à partir du moment où on a le choix entre prendre la voiture et faire du train-vélo, on choisira presque toujours la solution qui semble la plus simple, la plus rapide ou la plus confortable.
Par contre, si on est dans une situation où on a, volontairement, pas le choix, alors c’est beaucoup plus facile d’enfourcher son vélo ou de trouver un covoit !
Je conseille aussi de trouver des compromis pour que l’hébergement soit plus confortable ou plus simple : c’est plus facile de se déplacer en stop ou à vélo sans matériel de camping, et de dormir dans une location… Avec le gros désavantage que ça coute plus cher.

Selon toi, quelle est l’escalade de demain ?

Je ne pense pas que ce soit l’escalade de demain, mais mon utopie ça serait qu’avec un immense collectif on habite dans 5 grosses collocs au pied de différents spots et que tous les ans, ou quand on veut, on va habiter dans une autre colloc pour ne pas toujours grimper au même endroit.
Le hic c’est que le monde du travail n’est pas très adapté à ce style de vie nomade…

As-tu une anecdote d’une aventure à nous raconter ?

J’ai rencontré énormément de personnes géniales, drôles, touchantes, passionnantes en faisant du stop.
J’adore pénétrer dans la bulle de quelqu’un que je n’aurais jamais rencontré sinon et être enveloppée par sa singularité, emportée dans son histoire, partager un bout de son quotidien.

J’adore pénétrer dans la bulle de quelqu’un que je n’aurais jamais rencontré sinon et être enveloppée par sa singularité, emportée dans son histoire, partager un bout de son quotidien.

Je me souviendrais toujours d’une fois ou j’allais à Rodellar en stop avec tout mon bordel de camping. J’étais au milieu des Pyrénées et la nuit tombait. Une jeune femme m’a vu et m’a demandé où j’allais dormir. Elle a eu peur pour moi que je dorme dehors et que je me fasse attaquer par un ours donc elle m’a hébergé une nuit dans son chalet de famille tout confortable. Coup de chance, elle était cuisinière, on a mangé un dîner trop délicieux en fumant des gros pétards devant un film, c’était exceptionnel et complètement imprévisible !

Un dernier mot ?

Je suis de tout cœur avec celleux qui veulent sortir de cette dépendance à la voiture individuelle, qui est vraiment une plaie. Ca pue, c’est dangereux pour les cyclistes, c’est bruyants, ça nique la planète. Franchement la vie serait tellement belle sans toutes ces bagnoles ! Mais on sait bien que ce n’est pas toujours simple, et la solution n’est pas forcément de passer d’un extrême du tout voiture à l’antipode du jamais de voiture. Si on voyage en famille, qu’on vit dans un endroit déconnecté des transports en commun, etc, mieux vaut aller progressivement et changer ses habitudes sur la longueur que de se dégouter !

Soline Kentzel

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