Interview

Seb Berthe

Grimpeur professionnel

© Photo Soline Kentzel

Qu’est-ce qui te motive à sauter le pas et à changer d’approche ?

Je pense que c’est venu petit à petit, au fur et à mesure de ma conscientisation écologique, avec des phases d’éco-anxiété plus ou moins aiguës, en me rendant compte que l’approche traditionnelle n’était pas tenable dans un futur à proche et moyen terme.
Cette conscience existe néanmoins depuis petit, grâce à des institutreurs·ices et des parents qui m’ont toujours informé et conscientisé sur l’écologie. Mais vers 2018-2019, j’ai eu une perte de sens dans mon escalade personnelle et j’ai eu envie d’y remédier en prenant des décisions qui pouvaient sembler un peu radicales, en tout cas pour un grimpeur professionnel, comme arrêter de prendre l’avion, cela ne faisait plus de sens pour moi.
J’essaie d’être le plus honnête possible dans ma pratique et le plus juste avec mes valeurs, avec ce que je crois nécessaire et enviable pour un futur viable.

Que retires-tu lors d’une sortie en mobilité douce ?

Au début, je le faisais vraiment dans une optique, assez pragmatique, de baisser mon impact carbone, de pouvoir être en accord avec ce que je croyais.
Et puis petit à petit, je me suis rendu compte que cette approche différente, elle m’apportait aussi énormément de choses.
Par exemple, cette année, j’ai décidé de retourner au Yosemite en bateau et de retraverser l’Atlantique. Cela nous a emmenés dans des endroits et fait rencontrer des gens que jamais, au grand jamais, j’aurais visité ou rencontré si j’avais pas décidé de faire cela ainsi. Ce n’était pas une expérience touristique classique modelée par l’industrie du tourisme. On a vraiment traversé ces pays comme les personnes qui vivent là-bas le font.

Tout cela me paraissait un peu comme des sacrifices mais maintenant, je vois plus cela comme des opportunités qui se créent à travers ces nouveaux moyens de locomotion.

Comment ta manière d’appréhender la montagne, la falaise, la pratique évolue avec la mobilité douce ?

Je dirais que j’ai appris la patience. Au début de ma pratique, quand j’ai eu la chance de devenir grimpeur pro et de décrocher un contrat de sponsoring, j’avais vraiment cette envie de cocher le plus de cases possible, d’obtenir des résultats rapides. J’étais vraiment dans une démarche hyper capitaliste dans laquelle on est tous·tes poussés·es.
Mais avec mes premiers petits trips à vélo, je me suis rendu compte en fait que j’étais vraiment hyper pressé, stressé par le temps. Quand j’étais avec Nico Favresse en vélo pour tenter la trilogie alpine en 2009, il m’a vraiment montré une voie où l’on profite un peu plus du voyage, de la vie, et où l’on prend un peu plus notre temps.
C’était dur au début mais petit à petit, j’ai appris un peu la patience et j’arrive maintenant à ne plus être dans cette démarche du toujours plus, toujours plus vite et ça fait vachement du bien.
Les moments où j’ai été le plus heureux cette année, c’était presque dans des moments où il ne se passait pas grand-chose.

Selon toi, quelle est l’escalade de demain ?

L’escalade de demain… ce n’est pas une question facile.

J’étais vraiment dans une démarche hyper capitaliste dans laquelle on est tous·tes poussés·es

Moi, d’un côté, j’espère qu’elle sera similaire à celle qu’on peut vivre aujourd’hui, c’est-à-dire qu’on pourra continuer de grimper dehors, grimper en falaise et découvrir tous ces sites naturels.
Mais je pense que, malheureusement, ce n’est pas complètement gagné pour diverses raisons. Je ne suis pas complètement optimiste par rapport au fait que la massification de l’escalade et la crise écologique et sociale nous permettent de continuer à grimper comme on le fait longtemps.
Mais je pense que l’on peut clairement trouver des solutions pour que ce soit le cas !
Ça fait un peu vieux con, mais j’ai une petite peur avec tout ce qui est murs connectés, ouverture mondialisée, et tout ça. Je suis un peu sceptique par rapport aux bienfaits de cette manière là de grimper et l’éloignement de l’aspect intrinsèquement créatif de l’escalade. Après, je nuance, j’adore en faire aussi, mais ça me questionne.
Mais oui, l’escalade de demain, si possible, toujours du partage et de la découverte de la falaise.

Quels conseils donnerais-tu à un·e grimpeur·se qui hésite à partir en mobilité douce ?

Je dirais que c’est sûr qu’il y aura des obstacles pas évidents et que parfois ça ne va pas faire de l’escalade extraordinaire.
Mais que cela en vaudra la peine, qu’au final l’expérience sera probablement bien plus enrichissante et bien plus agréable que les expériences classiques qu’on a en prenant la voiture, l’avion ou le jetski !

As-tu un prochain projet dont tu voudrais nous parler ou nous teaser ?

Oui ! J’ai plein plein de projets de et de rêves, d’idées de voyages à vélo, notamment un voyage qui serait de passer un hiver à traverser l’Espagne à vélo pour aller grimper au printemps au Maroc. Ou encore de lier, en une saison, les 3 premiers 9a de l’histoire, action directe, hubble et Om, en vélo ! Mais là, il faut un sacré niveau sportif parce que je pense que ces 3 voies sont très exigeantes dans des styles très différents.

Un dernier mot ?

Alors je peux peut-être aussi vite fait te raconter une anecdote après pendant notre premier voyage cap sur le cap quand on est allé grimper pour la première fois là avec on était 8 en tout sur un voilier de 15 mètres qu’on a traversé l’atlantique aller retour pour aller grimper du haut c’est mythe. Au retour on est passé par les Açores qui est donc une île en plein milieu de l’atlantique et c’est une des seules îles de l’atlantique où il y a vraiment il y a un site d’escalade et des vidéos et un topo et du coup pendant on a on a traversé du coup du Mexique jusqu’aux Açores en sans escale ça nous a pris trente-et-un jours donc pendant trente-et-un jours moi j’avais téléchargé la vidéo d’un des 8 c là qui était qui était ouvert dans sur cette île aux Açores et et voilà on rêvait enfin moi je personnellement je rêvais de ma séance d’escalade là-bas puis on arrive aux Açores du coup le lendemain on on essaye de prendre un un ferry qui nous emmène à Lille d’en face il y avait ce fameux spot et puis on arrive sur Lille pendant 2 heures enfin voilà on prend déjà ce ferry qui qui finalement c’était pas le enfin c’était pas le bon donc bref on on le temps passe dans cette journée on fait du stop personne nous prend finalement on n’arrive pas à à arriver à arriver à à ce fameux secteur puis bon on abandonne pour cette journée-là, on avait passé quand même la journée à essayer de le rejoindre, Le lendemain, rebelote, on reprend un bateau, cette fois-ci on est un peu mieux organisé, on arrive plus tôt et et on finit en stop par arriver par arriver au fameux secteur et là, là on se rend compte que le secteur il a quand même, il n’a pas été parcouru depuis plusieurs années, il y a un peu de la mousse sur toutes les prises, on voit que les plaquettes sont vieilles, puis c’est en bord de mer du coup ça n’arrange rien à l’état à l’état du site, c’est très compliqué et puis j’arrive à peine à rentrer dans mes chaussons, ça me fait super mal, c’est c’est hyper dur.

En gros je fais une voie puis je, c’est vraiment dans la douleur, je suis très très faible. Puis je décide quand même d’aller dans ce fameux qui m’avait fait rêver un peu pendant pendant trente-et-un jours en mer, puis je prends la claque de ma vie, j’arrive à peine à faire les moves, j’ai surmal partout, donc plutôt un un un bel échec.

Seb Berthe

Retrouvez Seb sur Instagram

Ses films et réalisations

Cap sur el Cap 

Bon Voyage 2057

Bleau dans la peau