Interview
Romain Noulette
Ingénieur géologue, passioné de cailloux depuis 20 ans
© Photo Florent Plaze
Peux-tu te présenter et nous dire comment l’escalade est entrée dans ta vie ?
Je suis Romain Noulette, grimpeur passionné de cailloux depuis plus de 20ans et ingénieur géologue depuis moins longtemps. A l’âge 7ans mes parents m’ont inscrit au club familial de l’AS Villefontaine (38) et j’ai tout de suite accroché. J’ai commencé par faire des compétitions au niveau régional puis au niveau France sans réel succès. Arrivé à Grenoble pour mes études, j’ai immédiatement arrêté ces bêtises pour me dédier exclusivement à une pratique du haut niveau en extérieur (couenne, grande voie et montagne).
Qu’est-ce qui te motive à sauter le pas et à changer d’approche ?
Depuis mon adolescence je pratique le VTT pour des balades en plaine ou en montagne. C’est aussi mon principal moyen de transport au quotidien (travail, entrainement, courses).
Il n’y a pas si longtemps que ça, le vélo et l’escalade était pour moi deux pratiques sportives incompatibles pour la performance. La pratique de l’une fatiguant pour la pratique de l’autre et inversement.
Mais un jour, me vient l’idée de faire une séance de grimpe après une longue sortie de VTT ou une sortie Splitboard. Finalement je n’étais pas si nul à l’escalade. Ça a été comme un déclic !
Puis c’est en s’inspirant d’autres projets en mobilité douce que nous créons avec Tanguy (Topin) le Bike To Eight. L’idée était de réinventer notre propre schéma de performance dans une région que nous connaissons déjà très bien.
On a réalisé 3 projets de ce genre autour de Grenoble : dans Grenoble intramuros (60km – 1000d+), sur le Vercors (1h de bus, 70km – 800d+) et en Chartreuse (100km – 2000d+). Dorénavant j’essaie de sortir au maximum à vélo sans me mettre la pression et sans culpabiliser non plus quand je décide de prendre ma voiture.
Que retires-tu lors d’une sortie en mobilité douce ?
L’Aventure !
J’aime partir de chez moi à vélo avec mon sac, mes sacoches et ne pas être dépendant des galères engendrées par les véhicules motorisés (les embouteillages à Grenoble notamment). C’est un sentiment de liberté !
J’aime partir de chez moi à vélo avec mon sac, mes sacoches et ne pas être dépendant des galères engendrées par les véhicules motorisés
Comment ta manière d’appréhender la montagne, la falaise, la pratique évolue avec la mobilité douce ?
Avec une approche en mobilité douce, on devient plus indulgent quant à la performance pure liée au support sur lequel on évolue.
De manière générale en se rendant à vélo sur un spot (falaise, blocs, front de neige, etc.) il y a de la distance et du dénivelé.
Ce qui génère de la fatigue là où, via une approche motorisée, tu arrives complètement frais. En fait en venant à vélo ou transport en commun, tu prends la performance à l’échelle de ta journée ou de ton trip et non pas uniquement sur le passage d’escalade ou le chrono visé.
Selon toi, quelle est l’escalade de demain ?
Pour le monde de l’escalade va continuer à se diviser. On voit aujourd’hui que le monde de l’indoor et de l’outdoor s’éloignent de plus en plus. C’est notable notamment dans le style des passages proposés à la salle commerciale ou en compétitions. Ce sont deux approches complètement différentes. C’est de plus en plus rare de voir des grimpeurs·ses performer sur le caillou et devenir champion·ne du monde la même année.
Concernant l’escalade en extérieur, tant qu’on ne nous l’interdira pas, il y a toujours des grimpeurs·ses centré.es uniquement sur le voyage, la perf’ et la croix. D’un autre côté, il y a tout un mouvement de grimpeurs·ses ouverts·es à de nouvelles pratiques. Iels poussent à faire bouger les idées reçues en redéfinissant la perf’ et la définition du voyage.
Quels conseils donnerais-tu à un·e grimpeur·se qui hésite à partir en mobilité douce ?
S’équiper et oser l’Aventure.
Quoi qu’il en soit, ça sera du bon temps passé dehors. Rien que pour l’expérience, ça vaut le coup !
« Dans un voyage ce n’est pas la destination qui compte mais toujours le chemin parcouru […] »
P. Pollet Viollard
As-tu un prochain projet dont tu voudrais nous parler ou nous teaser ?
Le problème quand tu redéfinis ton schéma de performance c’est que tu as une tonne de projets qui te viennent en tête.
Vélo-grimpe, vélo-ski, ou autres combos avec le parapente. On n’a pas de quoi s’ennuyer autour de Grenoble.
Peux-tu me décrire ton vélo (marque, modèle si tu sais, type de frein, nb de dents plateau-vitesse, etc.), les sacoches que tu utilises et où tu stockes le matériel (ex : la corde ? Dégaine ? Fringues ? etc.)
- Vélo : j’ai utilisé plusieurs vélos dont un RIVERSIDE TOURING 520 très robuste mais un peu trop lourd pour l’usage souhaité. Maintenant j’ai un KONA typé gravel constitué de freins à disque mécaniques et double plateau, indispensables pour mouliner dans les montées (désolé je ne suis pas encore un geek du matos de vélo).
- Sacoches : j’ai 2 types de sacoches : les 2 sacoches pour portes bagages (25 et 25L) et 3 sacoches de bike packing (15L sur le guidon, 16L sur la selle et 10L dans le cadre). Même si le rangement est plus contraignant, je préfère les sacoches de bike packing pour une meilleure répartition du poids sur le vélo.
- Matos grimpe : pendant le projet Bike To Eight, avec Tanguy nous utilisions le matériel SIMOND soit une corde de 60m ou 80m suivant la longueur des voies, des dégaines light, un baudrier, un sac à magnésie pour 2, un grigri. Niveau fringue c’est du classique, cuissard (obligatoire !), pantalon, petite doudoune et voire un coupe-vent pour le vélo. Lors du projet dans le Vercors nous avions à transporter également les 60m de corde statique de Thibault (5 à 6 kg supplémentaires).

