Interview

Nolwenn Berthier

Grimpeuse professionnelle

© Photo Anthonin Rhodes

⁠Peux-tu nous dire comment l’escalade est entrée dans ta vie ?

Il y a une quinzaine d’années, j’en avais un peu marre de compter les carreaux au fond des piscines, alors je me suis mise à l’escalade.
J’ai commencé à m’entrainer et je me suis investie en compétitions, prenant rapidement le départ de nombreuses coupe d’Europe jeunes puis des coupes du Monde.
Après plusieurs années en Équipe de France, j’ai décidé de troquer le maillot officiel contre des chemises à fleurs, et de remplacer le plastique par du caillou : je me consacre maintenant pleinement à la falaise !

Qu’est-ce qui te motive à sauter le pas et à changer d’approche ?

Quand j’ai pris conscience de l’urgence écologique dans mon univers professionnel, je ne pouvais plus faire comme si de rien n’était.
Ce changement s’est imposé comme une évidence. C’était moins une envie qu’une nécessité, une cohérence à retrouver entre ce que je fais, ce que je vis et ce que je pense.
Et c’est un cheminement quotidien.

Que retires-tu lors d’une sortie en mobilité douce ?

J’aime ces voyages parce qu’ils redonnent de la place à l’aléa et à la spontanéité. Les petites galères deviennent souvent les meilleurs souvenirs.
Dans ces voyages, le rapport au temps est plus juste. On n’a pas l’impression d’être dopé aux énergies fossiles ou sous injonction de la fast life qui dominent notre société.
Il n’y a rien de plus satisfaisant que ce sentiment d’alignement intérieur. Pour moi, c’est la clé du bonheur. 

J’aime ces voyages parce qu’ils redonnent de la place à l’aléa et à la spontanéité.
Les petites galères deviennent souvent les meilleurs souvenirs.

Comment ta manière d’appréhender la montagne, la falaise, la pratique évolue avec la mobilité douce ?

Avec la mobilité douce, le voyage devient une aventure en soi.

Quand on arrive enfin à la falaise, on a déjà vécu des moments forts. Parfois, l’escalade devient presque secondaire… et cela donne une toute autre perspective à la grimpe.

Selon toi, quelle est l’escalade de demain ?

C’est une grimpe qui va bien au-delà du geste sportif.
Une pratique généreuse, où l’on ne pense pas qu’à soi, mais aussi aux besoins du monde qui nous entoure. J’aimerais qu’on renforce notre communauté autour de valeurs écologiques et sociales, que l’on développe cette notion de générosité, plutôt que de tout miser sur la performance, individuelle ou économique.
Pour moi, le défi, c’est de construire une forme de dépassement de soi qui respecte les limites planétaires et qui rassemble les humains au lieu de diviser.
Le dépassement de soi, ce n’est pas le problème. Ce qui l’est davantage, c’est la quête systématique de dépassement des autres.
L’idée, ce serait d’imaginer une pratique plus collective, plus joyeuse. Une grimpe qui nous (re)connecte, vraiment.
Quels conseils donnerais-tu à un·e grimpeur·se qui hésite à partir en mobilité douce ?
Ne te concentre pas sur ce que tu crois perdre. Imagine plutôt tout ce que tu vas gagner.

 

Le dépassement de soi, ce n’est pas le problème.
Ce qui l’est davantage, c’est la quête systématique de dépassement des autres.

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Ses films et réalisations

À travers ses films et sa présence dans les médias, Nolwenn cherche à faire passer des messages et des valeurs fortes qui prônent une justice sociale et climatique.

Climbing Orient Express

Une voie pour la nature