VÉLO-GRIMPE DE GRENOBLE À NICE
Par Jacques Aimard, Thierry Bienvenu, Pierre Daumas et Gérald Francou
C’est bien dans l’air du temps, de faire attention à son bilan carbone dans ses déplacements, par exemple en vélo, et de le combiner avec sa passion, par exemple l’escalade. On voit éclore ces projets un peu partout, des vélos fleurissent dans les buissons au pied des voies et l’hiver on aperçoit sur les cols environnants de valeureux pédaleurs avec leurs skis de rando sur le porte-bagages.
Et puisque c’est dans l’air du temps, que ces exemples se multiplient et semblent réjouir leurs acteurs, on s’est laissés tenter par l’aventure. Mais dans un projet qui ressemble plus à des vacances qu’à un exploit sportif : rallier en vélo Grenoble à la grande bleue, en 25 jours, en découvrant un maximum de sites de couennes sur le passage. On avait prévu des étapes très raisonnables, d’une cinquantaine de km en moyenne, et de dormir dans un vrai lit sous un toit bien imperméable, et avec un coin cuisine digne de ce nom.
Bref, un objectif à la hauteur de notre âge et de notre petit capital musculaire et bancaire, première expérience oblige. Loin du pensum expiatoire redouté, le déplacement sur ces deux roues plutôt pesants nous a offert au contraire un sentiment de légèreté et de liberté. Le temps se dilate, le défilement des paysages ralentit, on peut tranquillement s’en imprégner et profiter de moult détails invisibles en voiture.

Le déplacement sur ces deux roues plutôt pesants nous a offert au contraire un sentiment de légèreté et de liberté. Le temps se dilate, le défilement des paysages ralentit…
On se rapproche de la nature, on glane de-ci de-là au choix, noix, pommes, poires, prunes, coings… S’ensuivent des séances d’épluchage et des compotes qui accompagnent le voyage et lui donnent un petit goût d’école buissonnière. De plus vélo et escalade se conjuguent parfaitement, chaque activité permet de se reposer de la précédente et de se remotiver pour la suivante. Et en prime la satisfaction d’être davantage en accord avec soi et son environnement.
Le patrimoine gastronomique, culturel et historique de notre région est immense, les paysages magnifiques. Question grimpe plusieurs vies ne suffiraient pas pour venir à bout de cet incroyable potentiel, avec un rocher d’une variété et d’une qualité exceptionnelle, qui a fait jubiler nos petits chaussons et a comblé nos gros doigts gourmands. Alors, rassasiés d’escalade et bien calés face au Mont Ventoux, dégustant une pissaladière à l’accent méditerranéen arrosée d’un vin gouleyant, on s’est dit qu’on avait souvent cherché trop loin le bonheur qui était au creux de notre main.Enfants gâtés que nous sommes et pourtant capables de mourir de soif à côté de la source… et des meilleures caves de Provence !
On s’est dit qu’on avait souvent cherché trop loin le bonheur qui était au creux de notre main.

Partis le 13 octobre, nous avons eu affaire à une météo changeante et avons essuyé quelques averses tant dans les voies que sur les vélos. Mais globalement on a réussi à zigzaguer à travers les gouttes, et les rares jours de pluie ont permis repos, tourisme et récupération. Il s’agissait de conserver jusqu’au bout l’envie de grimper et le bon dosage des efforts a permis d’apprécier chaque moment d’escalade.
Mais à cette époque les jours sont plus courts, ce qui nous a valu quelques arrivées nocturnes lorsque l’escalade du matin jouait les prolongations alors qu’une étape nous attendait encore. Ainsi à Gréolières, quittant un peu tard la falaise de Chouchou Place on atteignit Saint Jeannet dans une nuit d’encre. Mais ce fut sans regrets parce que l’arrivée crépusculaire au col de Vence ajouta encore à l’émotion de ce moment très attendu ! Le premier d’entre nous qui cria « Mer à bâbord » déclencha une douce hystérie et la vision de la baie de Nice sombrant dans la nuit s’immortalisa dans le crépitement de nos smartphones. Avec ce col on touchait à la fin du voyage mais l’on franchissait aussi la frontière entre deux mondes, celui de l’arrière pays, rude et terrien, pour celui de la Côte d’Azur baignant dans la mer et l’opulence.
La magie de cet instant imprégna encore la longue descente vers la mer, à la lueur incertaine des étoiles et de nos frontales.
Impossible de proposer un palmarès des meilleurs sites rencontrés, peu comparables, certains aux possibilités infinies d’autre beaucoup plus confidentiels, mais tous avec leur originalité, leur personnalité, ce qui fait d’ailleurs tout l’intérêt et toute la richesse d’une telle aventure.
Toutefois, mention spéciale à Mollans sur l’Ouvèze qui concentre dans un périmètre accessible à vélo un bon nombre de falaises bien classieuses. Nous sommes restés une semaine au supergîte de La Filerie, nous n’arrivions plus à partir, c’est tout dire !

Enfin cerise sur le gâteau, des copains ont croisé notre route pour quelques kilomètres ou quelques longueurs tandis que d’autres nous ont accueillis. Un grand merci donc à Vincent, Renan, Noëllie, Muriel, Patrick, Laure et Cyril.




