Vélo-Grimpe dans le sud
Par Lili Chap et Pilou Bergues
Plan C, voir D, voir E de ce mois de septembre 2024 capricieux, où nous nous étions imaginés arpenter les sauvages Pyrénées, en chevaucher ses arêtes les plus effilées, accompagnés de nos fidèles destrier. Le Mercantour semblait ensuite nous tendre les bras…C’est peut-être ça l’essence du voyage à vélo : le doux lâcher-prise qu’impose les éléments, la forme du jour, les rencontres et les envies de chacun.
C’est peut-être ça l’essence du voyage à vélo : le doux lâcher-prise qu’impose les éléments, la forme du jour, les rencontres et les envies de chacun.

Après ces quelques revirements, direction La Brillane, chargés de nos 4 sacoches chacun, assez à l’opposé des tendances actuelles du fast & light. Une corde à simple de 60m, une corde de hissage, 10 dégaines, 2 jeux de friends (spoiler : ils ne bougeront pas du fond de nos sacoches), matos perso, 2 sacs de montagne, une tente, des duvets, matelas, de quoi cuisiner, se changer et être (un peu) propre.
Révolution pour ce voyage aussi : deux chaises ultra-light, offertes par les copaings (merci !), qui économiseront bien nos dos. Ah la trentaine qui nous guette…
Et puis, c’est parti… Ah non pas tout à fait, oubli de la sacoche de guidon pour Lili dans le train, avec le téléphone, les papiers, les cartes.Heureusement, nos sauveurs apparaissent : les contrôleurs de La Brillanne se plient en quatre et magouillent pour que notre précieux remonte les rails et nous revienne. Nous les remercions grâsseusement : comme gracieusement mais vous remplacez la grâce par la graisse de nombreuses viennoiseries de la boulangerie voisine.
La première étape est toujours la plus difficile : le corps n’est pas habitué à l’effort, les sacoches paraissent lourdes, les guiboles souffrent et le mental peut être mis à l’épreuve.


Lent défilé des champs de lavande sur les chemins du plateau de Valensole, bercé par les couleurs du soir. Arrivée au bord du Lac de Sainte-Croix, enveloppés de la douceur de la nuit. Baignade matinale seuls au monde. Petit déjeuner à rallonge, caressé par l’agréable soleil de septembre. Lente remontée des gorges du Verdon, où ses faramineuses parois, autant d’invitations à l’aventure verticale, se dévoilent une à une.
Ça y est l’immersion est totale. La juste vitesse de la bicyclette permet un délicieux égarement dans les méandres des paysages. Les régulières pauses au détour d’un café, d’une boulangerie ou d’une épicerie, des discussions avec des inconnus. Plus si inconnus après une conversation. Le corps est désormais habitué à l’effort, et les endorphines libérées rendent le quotidien joyeux, et les fous rires fréquents.
Les journées se suivent et ne se ressemblent pas. Au gré de nos envies, des rencontres, des copains que l’on rejoint. Le vélo succède à l’escalade, l’escalade au repos, le repos au vélo dans une alternance d’efforts complémentaires et agréables. Parfois on roule une journée entière, parfois on roule et on grimpe, parfois on grimpe, et parfois on ne fait rien.
Les étapes dépassent rarement les 50 km.
Après une étape dans le Verdon, puis une autre à Aiglun, notre tracé initial, qui devait nous mener dans le Mercantour pour quelques jolies arêtes et voies aventureuses, se voit contrarié par une météo capricieuse en montagne. Qu’à cela ne tienne, direction l’arrière-pays niçois par des routes panoramiques sublimes, ou notre ami Kiki nous accueillera sur les hauteurs des Gorges du Loup, à grand renfort de fondue, fort apprécié par ces températures hivernales.
Le choix de porter le bivouac change la dynamique du voyage : ces quelques kilos s’échangent contre une incommensurable liberté. Les journées s’arrêtent quand on le souhaite, trouver THE spot de bivouac devient un jeu prenant. On s’octroie de temps en temps une nuit en camping, pour recharger les batteries, celles des téléphones et celles des corps. Une douche chaude n’aura jamais été aussi orgasmique qu’après 5 jours de bivouac !



Le mois de septembre est propice à ces aventures cyclo-grimpantes : les températures sont clémentes pour la varappe comme pour la pédale, les journées assez longues et en temporisant quelques heures par-ci par-là ou en calant intelligemment les journées repos, on réussira à passer entre les gouttes !
Après un dernier stop grimpette au Baou de Saint-Jeannet, la météo tourne franchement au mauvais et nous impose un retour rapide vers la maison. 3 journées intenses, à arpenter les cols de l’arrière-pays niçois, du Mercantour et de l’Ubaye. Les Gorges du Daluis, véritable coup de cœur de nos pérégrinations roulantes, viennent se poser en diamant au milieu de cet écrin de paysages déjà extraordinaires. Dernier jour, Alex vient nous prêter compagnie et nous donner de la force pour nous aider à rentrer, comblés, au bercail, à Guillestre.
Comblés d’aventure, de dépassements et de flow dans l’escalade, mais aussi de douceur et de contemplation béate. De moments de complicité, des sourires à la pelle, des mots échangés au détour d’un café, d’un coin de route ou d’un bivouac.
En accord avec nos valeurs écologiques profondes, cette manière de voyager a changé notre manière d’appréhender le territoire, la performance, ainsi que notre rapport
En accord avec nos valeurs écologiques profondes, cette manière de voyager a changé notre manière d’appréhender le territoire, la performance, ainsi que notre rapport au temps.


L’aventure se trouve à deux pas de la maison, avec des possibilités quasi-infinies ! La juste vitesse qu’impose le vélo, et la simplicité de la vie quotidienne deviennent les plus grands des conforts.
En chiffre : 10 250 m D+, 1 240 m de varappe à main nue, 480 km à coup de guibole, 71 sourires, 28 cafés, 12 bivouacs sauvages, 9 boulangeries délicieuses, 5 douches chaudes, 4 croissants au Nutella, 3 pizzas, 2 friends et 1 paire de chaussures d’approche au fond du Verdon, 1 fondue avec les copains. Beaucoup de fou rire, de cochonneries sucrées et de soirée à refaire le monde.









