Le projet

On est en plein mois de juillet, j’avance tranquillement ma liste de grandes voies en terrain d’aventure pour les tests de l’examen du DE. On va pas se mentir, ça se passe beaucoup, beaucoup sur le caillou, mais aussi pas mal dans la voiture.
Mais c’était sans compter sur Florian qui me propose un super plan : la directe du JB à la dent de Crolles, en bus-vélo, avec l’acolyte Fabien. L’idée me ravit, ça rentre dans ma liste, et pas un kilomètre en voiture.
On décide de monter la veille, et de dormir à la belle au parking du départ de la marche d’approche à côté de l’ancien hôpital des Petites Roches. On se retrouve donc le mardi soir à l’arrêt Grand Sablon à La Tronche (5 minutes de chez moi à vélo si je force pas trop sur les pédales, la chance) et on saute dans le bus 85 à 19h15, sacoches en soute, vélo chargé à l’arrière pour une bonne demi-heure de bus qui passe toute seule et qui nous dépose à quelques coups de pédales de notre lieu de bivouac (pour le prix d’un ticket de bus, whaou).
10 minutes plus tard, on se trouve notre nid douillet à l’abri des arbres sur un parterre de mousse tout confort. La vue est à couper le souffle, la Dent de Crolles et le Rocher du Midi se dressent face à nous, et d’ici on devine la grande voie qui nous attend demain : un itinéraire aventureux ouvert du bas en 1955 par Serge Coupé et Mme Bresard (impossible de trouver le prénom de cette ouvreuse, c’est rare que l’on trouve des noms de femmes, dommage qu’elle n’ait pas le droit d’exister en entier).

La grimpe s’annonce à l’ancienne entre cheminée, renfougne et grosse fissure sur pitons et coinceurs, ambiaaaaance ! Mais il est l’heure du repas, et ici on rigole pas avec la nourriture : chacun·e s’est occupé·e d’une partie du repas et c’est festin pour faire le plein d’énergie. On se glisse ensuite dans nos duvets pour une douce et courte nuit (qui sera encore plus écourtée grâce à notre voisin arrivé tard avec sa voiture, qui s’est dit que c’était vraiment une belle idée de venir se mettre dans ce bout de forêt juste à côté de nous, et de laisser le gros spot sur son toit allumé une bonne partie de la nuit, oui oui je rage).
Bon, réveil 6h, on rouspète un peu et on se remobilise, l’idée c’est d’être efficace (spoiler alert, mission ratée) ! Petit déj, on replie le camp, on planque toutes nos affaires, on attache les vélos et c’est parti pour… LE RAIDE. Ça monte dru pendant 45 minutes jusqu’à la cabane du berger sous la dent, puis on bifurque sur la mauvaise sente pour rejoindre le début de la paroi et on se fait 45 minutes de remonte pente dans la forêt de pins… Oups, j’aurais peut-être dû mieux regarder l’accès. Mais, nous y voilà, la vraie aventure commence.

La directe du JB, TD 6a>5c 300m
L’escalade est typique de la grimpe à l’ancienne. L’itinéraire est une succession de renfougnes, cheminées, fissures à taille d’homme/femme, sur un caillou plus ou moins qualitatif. On sent quand même que ce n’est pas la voie la plus parcourue et on fait partir pas mal de cailloux, plus ou moins gros, plus ou moins accidentellement. On trouve quelques pitons dans les parties les plus dures et tout à protéger dans le plus facile. L’allure est déroutante pour moi. Il faut dire que quand je pense à l’escalade, je m’imagine rarement faire le ver de terre ou pousser avec mon dos pour remonter une énorme fissure. La recherche d’itinéraire est laborieuse, et j’essaie de trouver ma route et de prendre des décisions dans cet itinéraire qui ne ressemble à rien de ce que j’ai pu faire auparavant. Tous les relais se font sur pitons ou blocs coincés, qu’on renforce par des câblés ou des friends quand c’est possible, et quand ce n’est pas possible, et bien on se fait léger·es dans nos baudriers !

Je garde bien en mémoire la belle fissure de L2, la frayeur de L4 où je progresse avec un gros tirage et une section expo où tout sonne un peu creux et où mon courage s’envole et L8 où il faut s’employer à donner le meilleur de ses capacités de renfougne. Je laisserai le mystère planer pour L7, mais si votre cordée n’est composée d’aucun gabarit de rugbymen·women et que vous n’êtes pas effrayé·e par la spéléologie, prenez l’option de droite !
Cette voie, c’est aussi une chasse au trésor ! On en sort très tard avec 2 nouveaux camalots et un coussin gonflable (oui oui) tous trois ramassés dans la voie.

Les mots de la fin
Pour le retour, je déconseille vivement de choisir l’option marche + rappel si le terrain est humide ou que la nuit arrive, notamment pour approcher les rappels : le premier sur un gros arbre au bord du vide, en bas d’une courte mais raide pente en herbe et le second qui se laisse chercher. Mais de plein jour, avec un pied bien sûr et une bonne étude du topo, ça se fait.
Les rappels enchainés, on fait du descente pente dans le pierrier pour retrouver la sente qui nous ramène à la cabane du berger et au chemin d’approche et on arrive juste avant la nuit aux vélos. Le retour se fait à la pédale et la frontale, il fait bon, on est fatigué·es et un peu euphorique, la descente est un délice. Englouti dans le noir de la nuit, guidé·es par le faisceau de notre frontale, on se laisse descendre et je me refais cette journée pleine d’émotion. Le retour est beaucoup plus court et facile que ce à quoi je m’imaginais, et en 1h15 et quasi pas de montée, je suis chez moi.

Finalement, malgré la description un peu rebutante pour certain·es, je vous recommande cette voie si vous avez envie de découvrir une voie au caractère historique et dans un style bien à l’ancienne qu’il est toujours intéressant de savoir maitriser. Je ne peux pas m’empêcher de penser à celleux qui se sont lancé·es dans cette aventure en premier·ères, comme toujours, avec les moyens de l’époque et peu d’idée de ce dans quoi iels s’embarquaient. C’est tout simplement dingue, chapeau les artistes.
Le prochain rendez-vous est fixé pour la Voie de la grotte au Rocher du midi, et sans hésitation on repart à vélo. Quel plaisir de se dire que tout ça et possible si facilement sans voiture !











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