Récit d’aventure

Escalade dans les calanques sans voiture

© Photo Florian Garibal

Novembre marque, chaque année, le classique trip dans les calanques.
Saison idéale pour la température et la relativement faible fréquentation, nous avons flairé le créneau idéal.

Mais les années défilent, notre vie avance et notre pratique évolue.
Ces dernières années et encore plus ces derniers mois, nous essayons toutes et tous dans le groupe de copaines de moins dépendre de la voiture pour partir grimper.
Soucieux·ses de pouvoir continuer à pratiquer encore longtemps en extérieur et pas devoir s’enfermer en salle dans notre si prolifique région, réduire l’utilisation de la voiture nous paraît essentiel pour toutes les problématiques qu’elle engendre (pollution, emprise au sol, nuisances habitant•es, fermeture de sites, etc.).

TER OU TGV, telle est la question

Mais et il y a un mais, ce n’est pas toujours facile facile…
Et cette année, au moment de programmer le séjour Calanques, la question se pose forcément.
Prendre le TER ok mais à quel prix, prendre le TGV ok mais c’est embêtant de démonter le vélo, bref une vraie mission en apparence.
Un peu hésitant au début à proposer ça aux copaines, je finis par me dire que c’est quand même l’occasion d’essayer.
Et c’est sans aucune négociation que toustes étaient motivé•es à partir à l’aventure !

Peu prévoyants et surtout dans l’attente d’être sûr•es de la météo, on opte pour une réservation de dernière minute (J-4). On passe en revue les différentes options, fustigeons sur le prix excessif du TER (presque le double) pour le double du temps de trajet et finissions par opter pour le TGV.
Finalement on s’en sort pour 70-80€/pers aller retour Marseille, trop cher pour être concurrentiel par rapport à la voiture mais pas démesuré non plus pour réservation de dernière minute.

Le matériel pour partir grimper sans voiture

Place maintenant au point matos : partir en vélo implique forcément d’optimiser nos chargements, le volume et le poids étant bien contraint.

Pour 5 pers, nous optons pour une paire de rappels de 60m, une corde à simple de 70m et une de 50m, de quoi faire couenne et grande voie moyennant quelques ajustements. Et comme nous aimons tous vibrer au dessus de nos coinceurs, nous partons avec 2 jeux entiers permettant à une cordée de partir en trad.
Avec le matériel perso et nos habits et duvets, tout rentre finalement dans une voire deux sacoches arrières et un sac à dos sur le porte bagage.

Et en avant !

J-1, 15h, échanges avec Fabien : “heureusement que demain on a pris le train de 12h je vais pouvoir dormir.”
“Comment ça le train de 12h? On arrive à 12h30 à Marseille!?”
“Pardon?! Oh merde j’ai mal compris, à deux doigts de pas être avec vous !”

On change pas une équipe en retard hein!

J-1, 21h30, message de Fabien : “Tu vas jamais me croire, je devrais faire un film de ma vie. Je viens de casser ma chaîne de vélo en rentrant chez moi”.

Ça y est, l’aventure est lancée avant l’heure !

Jour 1 – Téléportation au soleil avec son lot de péripéties

Nous nous retrouvons toustes à la gare de Grenoble sous une pluie qui nous obligera à compléter le chargement d’un pantalon de pluie.
Heureusement, il ne devrait pas nous servir sur place, la météo s’est confirmée, le soleil nous attend à l’arrivée !
Fabien est là à l’heure avec son vélo, sans chaîne bien évidemment, ses affaires ET son oreiller…
Pourquoi ne pas prendre un véritable oreiller de maison quand on est déjà contraint en volume 🫣

On tombe sur le mauvais train et nous nous retrouvons dans un vieux TER la porte et les marches pour y rentrer en vélo sont très contraignantes.
Mais notre expérience nous sauve : sur ces trains, souvent, le premier wagon a été emménagé avec une porte plus large, des marches moins hautes et surtout 6 à 8 porte vélos.

Assis·es confortablement, certain·es lisent, d’autres dorment et personne n’a besoin d’être concentré, un vrai plaisir.
Fidèle à elle même, la SNCF nous annonce un retard de 25 min qui nous rajoute un peu de piment pour la correspondance à Valence : 20 min pour traverser la gare et démonter le vélo une fois sur le quai, challenge accepted !

C’est au pas de course en poussant nos vélos que nous nous ruons dans les couloirs, les ascenseurs et escalators pour rejoindre le quai suivant. Chacun·e son multitool pour démonter ce qui est nécessaire pour mettre le vélo sous housse (que la roue avant pour certain·es, roue avant + arrière + porte bagage pour d’autres..) et nous voilà embarqués 5min en avance.

Une fois de plus, le TGV n’est pas optimal. Sans étage, les espaces où le stockage du vélo est possible sont très faibles. Nous encombrons donc une porte et au seul arrêt intermédiaire nous nous levons pour désencombrer et laisser monter et descendre les voyageur•ses.

1h30 plus tard, nous voilà sous le soleil de Marseille à remonter notre vélo sur le quai. Nous rangeons les pantalons de pluie, les doudounes et autres couches chaudes pour profiter de cette douceur automnale.

Première mission : équiper Fabien d’une chaîne, une base pour partir en vélo. Direction decathlon sur les docks mais avant de la monter, la faim nous prend.

Deuxième mission : manger. Pour une transition en douceur et pas renier nos racines, c’est à Basilic&co, une chaîne de pizzeria dromoise, que nous dégusterons une bonne pizza pour lancer la semaine. Bière de Sassenage, noix de Grenoble, bleu du Vercors, tout pour nous sentir chez nous mais à Marseille.

Troisième mission : monter la chaîne et, parce qu’une galère ne vient jamais seule, réparer le vélo de Robinson suite à un mauvais remontage après le train. Le verdict est vite tombé : câble de dérailleur cassé, 2eme passage au Decathlon.

16h45 : tous les vélos roulent, en route !

On rejoint Mazargues notre QG des 6 prochains jours pour s’installer et topoter le lendemain.
Habitué·es aux infrastructures vélo grenobloise, on se fait vite rattraper par le far west marseillais : nous ne sommes pas les bienvenu•es et tout le monde nous le fait comprendre.

(Après 5j on se rendra compte que certains axes dont, contre intuitivement, la rue Paradis, sont de véritables champ de bataille pour les vélos là où d’autres sont mieux aménagés. Moyennant quelques centaines de mètres de détour, on se retrouve sur une bande cyclable plus rassurante.)

Jour 2 : un jeudi aux Goudes

C’est sur les Goudes qu’est tombé notre choix pour ce premier jour de vélo-grimpe à Marseille.

Après deux ronds points de 3 voies traversés où l’on a bien cru y passer, on se retrouve sur la route bien moins fréquentée (en semaine en tout cas) qui mène aux Goudes. Pour autant, toujours aucun aménagement ni marquage pour les cycles… MAIS une dizaine d’arceaux vélos à Callelongue !

Objectif du jour : parcourir l’intégrale de l’arête des Goudes.

On marche tranquillement jusqu’au col du Sémaphore où l’effet Wouaw est toujours le même : une vue panoramique sur toutes les Calanques plus à l’est et même Cap Canaille en toile de fond. Le tout devant une mer bleu.

On passe la journée sur cette arête plus ou moins effilée par endroit à marcher sur les traces de Livanos et Rebuffat, un vrai régal.
Seul le vent froid ternira ce beau tableau et refroidir à notre motivation.

On termine quand même la journée avec deux longueurs supplémentaires dans la fameuse Rectiligne de Georges Livanos et Maurice Samuel en 1940 et Que ma joie demeure sa voisine Nicolas Bergasse et Hervé Gaudin, le 12 avril 1982 pour finir avec un superbe couché de soleil sur l’arête des Goudes et une descente à la frontale.

Rejoints dans la journée par notre copine locale du séjour, le retour fut plus confortable. En passant par les chemins de traverse, elle arrive à nous faire éviter les endroits les plus dangereux pour les vélos.

Jour 3 : un vendredi au Cancéou – Aublevant (Aube + levant)

Après une rude soirée de topotage à se mettre d’accord sur les envies de chacun·es et les cordées, notre choix est fait : l’Aube et le Levant seront notre destination !

Et en vélo quel pied !
Tout juste à 4km de vélo à plat, on passe les beaumettes et on laisse nos montures au parking des voitures sur le seul poteau présent.

Se garer à la calanque ou au parking avant la montée revient quasi au même, le dénivelé est le même, c’est juste un poil plus long en distance.

La marche à l’Aube, symbole de la journée, nous réveille tranquillement, on en profite pour papoter de tout et de rien.

On s’encorde pour les derniers mètres avant le rappel et on file sur l’enchaînement de vires qui nous mènent au Canceou.
Face à la mer, seul·es sur cette paroi, l’ambiance est géniale !

Les longueurs de calcaires déroulent, le style change de l’une à l’autre, un vrai régal.
Certain·es ont choisi le Levant et d’autres l’Aublevant, un doux melange des deux beautés de cette paroi.

On termine toutes et tous sur cette courte longueur de dièdre bien usée du passage.

Le crépuscule nous accompagne jusqu’aux vélos où nous regagnons notre doux nid douillet en tout juste 20min de vélo.

Jour 4 : un samedi sous l’eau à Arkose…

Quitte à découvrir le coin, autant aussi découvrir les salles !
Et quelle déception !

On se retrouve à Arkose Prado, à côté du Vélodrome pour satisfaire notre envie de grimpe malgré cette pluie.
Outre l’entrée toujours aussi chère, le restau est hors de prix (rien à moins de 18-20€), les prises et volumes d’un autre temps, plus d’adhérence, les angles des volumes grignotes par le temps, etc. À ce prix là, un minimum de qualité est attendue !

J’ai rien contre les salles Roots mais le prix est lui aussi Roots au moins !

Bref, la pire journée du trip sans aucun doute !

Jour 5 : un dimanche vers la Candelle

Là encore le topotage la veille fut rude mais bien plus clivant !
Une cordée souhaitait se lever tôt pour aller jusqu’au devenson tandis que toutes les autres, bien plus flemmards faut l’avouer, étaient motivées de faire une petite approche et profiter tranquillement du soleil.

Le vélo permet une flexibilité totale et le respect de chacune des envies, aucune contrainte de véhicule !

De mon côté c’est la flemme qui l’emportera et c’est au promontoire des americains que je me retrouverai avec deux copains pour faire deux voies : “la cheminée du patron” et “à la gauche du grec”.

Une belle journée de 5 longueurs 2 rappels toute la journée au soleil de novembre, un vrai plaisir. Petite pensée aux ami•es grenoblois•es sous la pluie et la grisaille de GRIS-NOBLE!

La météo du lendemain est mauvaise, on a beau passer sur tous les modèles, la pluie est quasi certaine..

Jour 6 : un lundi sur le grès d’Étoile Noire à La Ciotat toujours sans voiture

Pour ce dernier jour à Marseille, je fais du lobbying pour aller tirer jusqu’à La Ciotat et grimper sur le grès d’Etoile Noire.
À chaque fois que nous venons, nous n’avons d’yeux que pour les grandes voies quand de superbes fissures et autres sculptures de grès nous attendent en couenne.

Et cette fois, c’est gagné !

Le plan est facile : TER de Marseille saint Charles jusqu’à La Ciotat, voie verte de la gare au centre commercial puis 2km dans la circulation et on termine par de la route en forêt jusqu’au spot.
On est même avantagé par rapport aux voitures parce qu’on déposera nos vélos quasi aux pieds des voies (contre les 20-25 min de marche habituels) !

Les copaines sont ravi·es de l’aventure et de la découverte !

On apprivoise peu à peu le grès et ses prises et adhérences bien loin de nos falaises calcaires de la cuvette. Karine met un run tardif dans le fameux 7a+ fissure qui aurait pu passer en quelques essais, la prochaine fois !

Le retour déroule bien, les TER sont nombreux et nous voilà déjà rentré•es en train de tout ranger pour le grand retour…

Jour 7 : le grand retour

Rodé·es par le trajet aller, nous arrivons confiant·es sur le quai où les controleur·ses Marseillais·es nous ramènent sur terre, ici c’est Marseille bébé.

Interdiction d’aller sur le quai sans démonter les vélos.

Le quai a été annoncé 15min avant le départ, on est 7, notre voiture est la dernière du train, à ~300m de marche, et on a toustes deux sacoches + 1 sac.

Autant vous dire que la négociation était essentielle pour pouvoir monter dans le train.

Mais la clémence des controleur·se nous sauvera ! Démontage devant la porte autorisé !
8min et nous voilà embarqué·es confortablement.

Les vélos sont stockés à l’étage, 3 vélo par voiture, collés à la rembarde, c’est tip top.

Un changement à Valence avec remontage de vélo et nous voilà de retour à grinoble.

 

Notre retour d’expérience

Hormis le démontage du vélo pour le TGV qui est une nouvelle habitude à prendre mais lion d’être insurmontable, le séjour était GE-NIAL !

Marseille se prête extrêmement bien au vélo-grimpe et même au bus-grimpe vu les nombreux bus qui amènent aux départs d’approche.
C’est globalement plat, la ville est à proximité immédiate des secteurs de grimpe, un vrai plaisir.

On refera sans aucun doute !

Nos conseils pour partir grimper sans voiture dans les calanques

  • Trajet
    • TER : Très pratique car pas besoin de démonter le vélo mais cher et long
    • TGV : Hyper rapide mais vélo sous housse obligatoire.
    • Pensez à voir si prendre une carte Avantage adulte ou autre ne permet pas de payer moins cher
    • Ces cartes permettent d’appliquer la réduction à un·e accompagnant·e
  • Logement 
    • Viser l’est de la ville, vers Mazargues pour les Goudes, Sormiou, Morgiou, le Devenson
    • L’auberge de la Fontasse, seul logement en plein Calanques, permet d’accéder rapidement à En Vau, le Devenson et l’Eissadon. Elle est facilement accessible à pied depuis la gare de Cassis (~1h-1h30).
  • Les parkings vélo
    • Goudes : Plein d’arceaux vélos
    • Morgiou : 2-3 poteaux dispos au parking avant la montée
    • Luminy : 5-6 arceaux vélos rapidement plein mais d’autres poteaux utilisables.
    • La Ciotat – Étoile noire : Vélos à amener au pied des voies !

Participez et racontez votre aventure

Ce projet d’édition est un projet collaboratif où tous les acteur·ices sont invité·es à participer.

Vous, lecteur·ice en faite également partie !

Alors n’hésitez plus, contactez nous et envoyez nous votre récit d’aventures avec photos pour le faire publier ici.

Ici, aucune question de niveau, de performance, de difficulté, toute aventure sans voiture est bonne à être racontée.
Au contraire, plus l’aventure paraît accessible, plus elle inspirera d’autres à sauter le pas !

Retrouvez d’autres sources d’inspirations dans nos guides

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